The Leftovers – Deuil, Dépression et Démence

C’est avec un train de retard que nous avons découvert la série THE LEFTOVERS M Balzi & moi mais depuis je peux vous dire qu’on est dans la locomotive.

Il est vrai que dans mon entourage j’ai eu le droit à la fameuse « mais faut TROOOP que tu regardes ! » comme si ma vie en dépendait. Alors d’une part, merci à ceux et celles qui insistaient car vous avez forcé ma curiosité (en même temps c’est pas très dur) mais si je puis me permettre une réflexion… QU’EST-CE QUI NE TOURNE PAS ROND DANS VOS TÊTEUH ?

Non parce que je suis pour qu’on m’encourage à regarder des séries de qualité ou du moins sympathiques mais j’aimerai pouvoir garder ma sanité intacte bon sang !

THE LEFTOVERS ça parle de quoi ?

Certainement pas de petits lapins rose qui gambadent gaiement dans les bois, ça non !

Un jour, le 14 Octobre, 2% de la population mondiale disparaît. POUF ! Comme le lapin du magicien (Pâques est passé par là, faudra m’excuser pour les métaphores).

Alors 2% c’est peut-être un détail pour vous mais pour certains ça veut dire beaucoup comme le chantait – approximativement – M Berger. Car si beaucoup n’ont pas eu de disparition soudaine dans leur entourage, ceux et celles qui l’ont vécu en sont pour le moins traumatisés.

Nous suivons l’évolution d’une petite bourgade de l’état de New York, Mapleton, trois ans après les faits.

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Y a moyen que ça soit là !

On découvre que le monde ne s’est pas arrêté de tourner mais qu’il le fait au ralenti. Il existe alors trois catégories de gens :

  • Ceux qui ont tourné la page, qui ont fait le deuil.
  • Ceux qui essaient mais qui inconsciemment ou non sont toujours hanté par les évènements voire en profite un peu pour se faire mousser. Et ceux qui refusent de tourner la page et de laisser les autres vivre leur vie.

Là je parle des GR (Guilty Remenants).

On découvre cet étrange congrégation de gens vêtus uniquement de blanc qui semble avoir fait vœux de silence et passe leur temps à fumer cigarette sur cigarette en errant inlassablement dans la ville. Si dans le premier épisode ils sont victimes de la violence publique – lynchage et insultes au programme – très vite on comprend que cette haine du peuple à leur égard est plutôt justifiée.

Sur les deux saisons qui composent actuellement la série (la n°3 sera la dernière), on en apprend plus sur cette secte et leur mode de fonctionnement mais beaucoup de zone d’ombres persistent. Loin de moi l’idée de venir vous spoiler, sachez cependant que les actions des GR, la morale derrière ces actions en particulier est plus que discutable et surtout remet en cause des principes que l’on croyait acquis par la société depuis belle lurette. Les scénaristes parviennent à effacer la frontière entre le bien et le mal, le moral et l’immoral en insufflant aux GR une aura d’ordre dans le chaos ambiant. Car les gens, même 3 ans après les faits sont encore perdu. Le monde et sa société recherchent un équilibre qui pour l’instant est précaire tandis que les GR eux agissent et avancent comme s’ils avaient tout compris. Et quoi de pire quand vous luttez inlassablement – vous demandant si ça en vaut vraiment la peine ou non – que de voir quelqu’un de stoïque, un léger sourire aux lèvres qui vous regarde sans rien dire ? Les gens de Mapleton – et nous aussi par extension – projettent ce qu’ils veulent sur les membres des GR. Ceux-ci ne répondant ni aux insultes, ni aux attaques physiques s’imposent en martyrs mais au fur et à mesure des épisodes, évidemment, on apprend que c’est beaucoup mais alors beaucoup plus compliqué et ambivalent que ça.

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Comme elle dit !

Si la plupart des intrigues personnelles sont résolues lors du final saisissant de la première saison, la seconde n’en reste pas moins à la hauteur. La série diffusée sur HBO (Sex & The City, The Sopranos, Game of Thrones) est une production signée Damon Lindelof l’un des fiers papas de LOST.

Il est indéniable – ne serait-ce qu’avec le pitch de départ – qu’on retrouve cette aura de mystère et de manipulation qui faisait le succès de LOST à l’époque mais sans les défauts inhérents à une série mal pensée. La première saison de THE LEFTOVERS est une adaptation du roman de Tom Perrotta qui officie d’ailleurs sur la série, Les Disparus de Mapleton. N’ayant pas (encore?) lu le livre je ne saurais vous dire à quel point la série lui est fidèle ou pas mais quoiqu’il en soit c’est plus facile quand on a un matériaux de base duquel on peut s’inspirer que de juste compter sur ses neurones, sa culture générale et ses fantasmes télévisuels. La saison 2 quant à elle, est une création originale. Étant donné la qualité assez exceptionnelle de réalisation, de scénario et de jeu des acteurs.

(écoutez-nous en parler avec amour et admiration sur le podcast n°5 de SérieB)


On aurait pu craindre une baisse significative une fois que le matériaux de base est épuisé mais FEAR NOT MY FRIENDS ! La saison 2 est tout aussi bien – je dirais même mieux – que la première car les scénaristes déploient des trésors d’écriture pour nous transporter encore plus loin dans ce bourbier d’émotions saisissantes et qui ne laissent jamais indifférent. Je ne dirais pas qui on retrouve ou non dans la seconde saison car ça serait vous gâchez le plaisir si vous décider (après m’avoir lu of course) de jeter un œil à la série.

L’histoire de cette seconde saison agit comme une bouffée d’air frais, une grande claque de bord de mer en Bretagne avec les mouettes qui stagnent dans le vent tellement ça souffle. Déjà on découvre un tout nouveau générique très folk américain, jouasse mélodiquement (ça rappellerait presque les pubs pour l’assurance vie) ce qui tranche avec le côté biblique VOUS ALLEZ TOUS MOURIR SOUS LE COURROUX DIVIN du premier générique. Je vous laisse juger.

Nouveau générique pour une nouvelle vie (merde on dirait une émission France 2) oui et non. On laisse Mapleton de côté pour Jarden dans le Texas. Jarden qui se trouve au milieu d’un splendide parc naturel qui porte le nom opportun de Miracle. No spoiler mes braves puisque c’est dit dès les premières minutes de l’épisode que Jarden, Texas serait la seule au monde à n’avoir eu aucun disparu. Zero. Ziltch. Nada.

Un havre de paix que recherchent avidement une partie de la population et les protagonistes qui ont rempilés pour cette seconde saison. Dans la première il y avait ce sentiment constant d’insécurité. Quelque chose dans l’air clochait (merci les GR mais pas qu’eux) et il est vrai que bien souvent je croisais les doigts pour que malheur n’arrive pas à tel ou tel personnage. Avec cette nouvelle saison, on laisse donc de côté le deuil et la culpabilité qui écrasaient jusque là les protagonistes.

Mais ce qu’on trouve à Jarden, ce sentiment de sécurité puisque personne n’a jamais disparu de là bas, est-il bien réel ? La ville dans son nouveau mode de fonctionnement expose une folie douce pleine de béatitude et de grâce tandis que les habitants (de grands privilégiés étant donné le contexte) vivent en remerciant constamment Dieu ou quiconque envers qu’ils s’estiment redevables.

Il y a des éléments familiers dans cette nouvelle saison, car si les protagonistes choisissent de prendre un nouveau départ, il y a encore ce poids sur leurs épaules, ce gouffre émotionnel au bord du quel ils se tiennent. Le cadre de vie à Jarden donne envie d’y croire. Croire à une vie meilleure, plus stable et surtout sans mauvaise surprise où l’on peut avoir une famille et être en sécurité. Sauf que très vite, on devine bien que tout n’est pas rose. L’ambiance de cette nouvelle saison se rapproche beaucoup des récits de science-fiction mettant en avant une société en apparence utopique mais dont le vernis craque dès qu’on s’y intéresse de plus près.

L’aura est moins mystique que dans la première saison, plus ancrée dans le réel bien que – paradoxalement – versant bien du côté de la folie. Again, pas de spoiler, mais un personnage déjà au bord du précipice va faire un plongeon bien comme il faut de l’autre côté de la sanité mentale, permettant à la série de rester fantastique dans tous les sens du terme.

The leftovers saison 2 photos

THE LEFTOVERS c’est une série qui prend son temps. Hormis le premier épisode qui présente rapidement tous les personnages auxquels on aura à faire, chacun par la suite se concentre sur un ou deux personnages afin de mieux développer leur personnalité et leur rapport aux évènements du 14 Octobre. C’est donc un peu lent au niveau du rythme jusqu’au 6 ou 7 ème épisode de la saison 1 (pour une saison qui en comprend 10) mais étant fan de l’introspection à l’écran je dois reconnaître que THE LEFTOVERS est une des séries les mieux écrites de ces 10 dernières années. J’ai notamment était bluffée par le casting. Justin Theroux, Liv Tyler et tous les autres jusqu’aux figurants, il n’y a personne qui joue une fausse note. Ils sont tous absolument impeccables, imprégnés dans leur rôle. La part belle est donnée au silence, c’est donc une série à laquelle il faut être attentif. Hors de question de faire du coloriage ou d’être sur son téléphone en même temps sous peine de rater le détail important qui compte plus que tout ce qui a été dit jusque là !

THE LEFTOVERS est une série qui ne prend pas ses spectateurs/trices pour des imbéciles, qui mise sur la qualité plutôt que la quantité et contrairement à LOST je n’ai jamais eu l’impression d’être manipulée par des scénaristes qui tâtent le terrain sans vraiment savoir où ils vont. Certes THE LEFTOVERS est plus intimistes et le public visé n’est clairement pas le même, mais j’apprécie de constater que le tableau prend forme au fur et à mesure, à son rythme et de manière fluide et naturelle. Regarder THE LEFTOVERS c’est prendre le temps de réfléchir à nos vies, ce que l’on considère comme acquis car – et même si on le sait, là on le voit – que se passerait-il si on perdait tout en une fraction de seconde ?

La série se penche sur le côté pratique, religieux et sociale d’un tel événement qui remet en cause plus que le concept de « la vie est précieuse » et nous emmène dans des endroits psychologiques qu’on aurait bien voulu éviter. En bref c’est à voir pour ceux et celles qui veulent un peu de grain à moudre, se prendre dans une histoire étrange, complexe mais tellement captivante.

Note saison 1 & 2 : 9/10

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