Confirmation que (presque) rien n’a changé

Depuis un moment j’avais mis le téléfilm Confirmation avec Kerry Washington de côté et hier je me suis enfin décidée à le regarder.

Le pitch ? Une histoire vraie (déjà) se déroulant en 1991 dans une galaxie très très proche : les USA. Sous la gouvernance de George Bush, Clarence Thomas est nommé Juge de la Cour Suprême. Homme noir issu des milieux défavorisés et à la carrière exemplaire il succèderait au juge Thurgood Marshall également un homme noir.

La première polémique a l’époque était de savoir si le Président des États-Unis soutenait Thomas parce qu’il était noir ou parce qu’il était compétent. Je parle de première polémique car très vite une seconde secoua le pays et fit complètement oublier la première.

Une femme, noire, Anita F. Hill, accuse Clarence Thomas de harcèlements sexuels sur des faits remontant à une dizaine d’années. Cette femme fut contactée par le staff des sénateurs qui avaient eu ouïe dire que le potentiel futur juge de la Cour Suprême était coutumier de ce genre de pratiques.

Anita Hill ne fut donc pas l’initiatrice d’une grosse vague de merde qui déferla aux États-Unis il n’y a même pas 30 ans. Et pourtant cette vague, elle se la prit en pleine face et c’est grâce à son intégrité et son courage sans pareil qu’elle put traverser le pugilat médiatique et publique qu’elle subit.

time-cover-hill-thomas

Et si le film n’est ni bon, ni mauvais mais il est essentiel et ce pour deux points.

Le premier, il nous rappelle un évènement majeur dans l’histoire des États-Unis qui a su trouver un écho à travers le monde entier. Bien que Clarence Thomas fut élu juge de la Cour Suprême (à 52 voix contre 48) – poste qu’il occupe encore à ce jour donc n’allez pas me dire que ça ruine la carrière d’un homme ce genre d’histoire >< -, Anita Hill a fait bouger les choses de par son honnêteté et son intégrité. Le nombres de femmes se présentant – et se faisant élire – à des postes politiques et juridiques à la suite de cette confrontation augmenta sensiblement, beaucoup de femmes sortirent de l’ombre témoignant des nombreux cas de harcèlements sexuels auxquels elles ont dû faire face. Le  harcèlement sexuel est pris officiellement très au sérieux par la justice et une grande campagne de sensibilisation fut menée dans les écoles et surtout dans les entreprises.

Tout est bien qui finit bien n’est-ce pas ?

Eh bien non. Et c’est tout le propos du jour. Si vous êtes un tant soit peu éclairé-e ça va être l’article « j’enfonce des portes ouvertes » et si vous ne l’êtes pas ça va être l’article « oh mais qu’elle est reloue la féministe enragée ! » Alors déjà c’est « engagée » merci, et si ça te dérange, je te propose une hydratation à base de sang de mes règles.

Le second point qui fait que ce petit téléfilm de rien du tout est essentiel c’est qu’il met en avant quelque chose de surprenant (non), de fou (non plus), d’incroyable (toujours pas) : être une victime qui dénonce c’est un crime populaire.

Moi j’ai raison et toi tu as tort…

On est en 2017 – les faits de Confirmation se déroulent en 1991 – et une femme qui déclare être/avoir été victime de harcèlements, de violences est plus coupable que l’auteur/autrice présumé-e des faits reprochés. Le film décrit d’ailleurs tout le processus de décrédibilisation et le soin apporté à salir la réputation de la victime pour que l’attention médiatique et publique détourne le regard de/ de la coupable présumé-e. On veut à tout prix empêcher la victime de parler.

silent-black-woman.jpg

En 1991 comme aujourd’hui nous sommes tous et toutes au coeur de ce processus en avalant goulûment toutes les rumeurs qui passent par les chaînes d’info, les réseaux sociaux, les journaux et le discussion de comptoir.

On juge, c’est un fait. L’être humain possède une égo tel qu’il est persuadé que son jugement a plus de valeur que celui de quiconque. Le hic c’est que tout le monde pense – inconsciemment ou non – comme ça. Aussi quand une personne chamboule votre vision des choses ou va à l’encontre de votre jugement, cette personne a forcément tort. Cette personne c’est forcément votre ennemie même si vous n’aviez jamais entendu parler d’elle avant.

Cas quotidien de la vie de tous les jours :

  • Votre enfant a des mauvaises notes ? C’est la faute de l’école.
  • Une autre personne a eu le poste convoité ? C’est parce qu’il/elle a couché/léché des culs.
  • Vous êtes en retard ? C’est la faute du métro/des bouchons/ de votre réveil/ de vos nains de jardins qui bloquaient le passage.
  • Vous vous cognez le doigts de pied contre une table ? MAUDIT SOIS-TU MEUBLE DE L’ENFER !

N’allez pas me dire que vous ne vous reconnaissez dans aucun de ces cas de figure. On renie tous et toutes la faute commise, on rejette cette responsabilité qui nous incombe et ce, à des degrés différents. Le plus souvent, comme dans l’exemple de la table, ça n’est pas bien grave. On en rit plus qu’autre chose et ça ne fait de mal à personne (avez-vous seulement pris en compte les sentiments de cette pauvre table ? tsss).

Mais dans un cas plus sérieux, comme par exemple celui de la promotion. Lorsqu’on va calomnier celle ou celui qui a eu le poste en répandant des rumeurs comme quoi cette personne aurait été hypocrite, arriviste, fausse et je ne sais quoi d’autres, on exclue la possibilité que c’est de notre faute si le poste nous a échappé. Il y a des chefs qui se laissent aveugler par des artifices qui nous semble évident, et c’est terriblement frustrant de les voir se faire avoir surtout quand notre intérêt personnel est en jeu mais ce n’est pas une raison valable pour aller cracher sur le dos de la personne qui a réussi là où nous avons échouer. Car oui, nous avons une part de responsabilité dans cet échec. ET PUIS C’EST TOUT.

Sexe faible pour voix forte.

Parce que c’est une femme, Anita Hill fut accusée d’Erotomanie. Parce que c’est une femme, Anita Hill fut accusée de ne pas avoir compris (LOL) les intentions de Clarence Thomas. Parce que c’est femme, Anita Hill fut traînée dans la boue. Et pire encore, Anita Hill est une femme noire qui accuse un homme noir. Oui parce qu’en plus d’être une femme, madame est noire ! Non mais elle abuse quand même ! Imaginez donc si elle était trans pfff.

La carte du racisme est d’ailleurs utilisée sans aucune honte par Monsieur pour se défendre des allégations et surtout tenter de détourner le véritable problème qui est celui du harcèlement sexuel. Un peu plus tard, le Sénateur Kennedy remettra tout le monde sur les rails en disant que le problème là maintenant tout de suite c’est le harcèlement sexuel. Que ce sur quoi on enquête à l’instant T ce sont les accusations de harcèlement sexuel. Point. Merci.

Le cas d’Anita Hill n’est pas unique et malheureusement loin d’être le dernier.

thomas-hill-comic-strip.gif

Très récemment nous avons eu le droit au lynchage en règle de l’actrice Amber Heard qui accusait (ô crime) l’acteur Johnny Depp de violences à son encontre. Malgré les preuves et les témoignages qu’elle dut apporter il y a comme une croyance populaire que la jeune femme a monter un coup.

Je vous rappelle – attention déshydratation en vue – qu’une femme ne gagne RIEN à accuser quelqu’un-e de violence/harcèlement à son égard. RIEN.

L’« attention médiatique » qui lui est apportée c’est la destruction de sa vie privée et de celle de ses proches. Sortir de l’ombre et dire tout haut les maux qui nous ont été causés n’est PAS une quête de gloire, ce n’est PAS une tentative de manipulation afin d’obtenir des avantages sociaux et/ou en nature.

Hollywood adore nous abreuver de films et séries mettant en scène des femmes perverses narcissiques manipulatrices qui ne reculent devant rien pour obtenir ce qu’elles veulent ou se « venger » d’un quelconque refus de la part d’un homme.

Ces femmes là existent. Tout comme les tigre blancs du Bengale.

Tu vois où je veux en venir ?

Quand une femme prend le temps, et surtout son courage à deux mains pour dénoncer, je me dis qu’elle doit bien avoir une raison valable comme, oh je ne sais pas, L’ENVIE QUE JUSTICE SOIT FAITE ! Ce n’est ni par complaisance, ni par solidarité féminine.

Une femme qui dénonce ce n’est pas une réincarnation de Jésus, et pourtant c’est un véritablement calvaire qu’elle va subir sur le chemin de la justice qui ne lui sera peut-être jamais rendue.

Une femme qui dénonce ce n’est pas une pro de l’escalade et pourtant c’est un véritable mur bâti sur des refus, du dénigrement et de sexisme qu’elle va devoir grimper.

Une femme qui dénonce ce n’est pas l’Agence Tous Risques. Le plan n’est pas sans accroc car il n’y a pas de plan. Juste une volonté de faire ce qui est juste et honnête. De dire la vérité pleine et entière sans avoir à s’en prendre plein la tronche en plus de tout ce qu’elle a subit.

Penelope-bitch-planet.jpg

Une femme qui dénonce c’est tout simplement un exemple !

Parce qu’être une femme c’est chiant, c’est pénible, c’est un calvaire du quotidien parce que quoi que tu dises, quoique tu fasses, tu as forcément tort. Quelque soit ton statut social, ta taille, ton âge, ta couleur, ta religion (ou athéisme). Que tu sois binaire ou non tu n’es jamais dans le vrai.

Tu ne sais pas de quoi tu parles, tu te plains tout le temps, t’es jamais contente, tu ne dis jamais merci quand on te drague alors que franchement t’as vu ta gueule ? C’est un service qu’on te rend donc dis merci et suce ma bite.

J’exagère ? C’est parce que je dois avoir mes règles donc je suis complètement hystérique tu comprends. C’est la faute de mon vagin tout puissant, créature pleine de magie et de mystères et de ces hormones incontrôlables et soumises aux cycles lunaires telles les marées.

Je suis submergée d’émotions que je ne comprends pas et j’ai grand besoin d’un pénis salvateur !

Présomption de culpabilité.

Les gens qui cherchent absolument à calomnier une victime qui êtes vous ? (j’ai l’impression de faire un appel à témoins pour C’est Mon Choix).

Pourquoi partez-vous du principe que la personne accusant ment ? Vous pensez sincèrement que la personne que vous connaissez/aimez/admirez est un-e bisounours qui vit sur un arc-en-ciel, se nourrissant d’amour, d’eau fraîche et de pommes golden ? Que cette personne n’est capable d’AUCUNE violence (verbale et/ou physique) tout simplement parce que cette personne ne VOUS a rien fait ou a du talent ?

Partir automatiquement du principe qu’une femme qui accuse est une femme qui manipule et cherche à gagner quelque chose dans le process c’est quand même tout proche de la paranoïa. À ce niveau-là pourquoi ne pas partir du principe que le réchauffement climatique n’est qu’un complot visant à augmenter les taxes et à contrôler nos modes de vie ? Qui nous dit que Michael Jackson n’est pas encore vivant ? Tout comme Elvis d’ailleurs.

Et puis qui nous dit que Donald Trump c’est pas le nouveau personnage complètement dingue de Sacha Baron Cohen ? Hein hein HEIN???

Je cautionne tout à fait la présomption d’innocence. Je parle d’ailleurs de culpabilité présumée mais ce n’est en aucun cas, à la victime de prouver le tort qui lui a été fait. Ce n’est en aucun cas à la victime de prouver son innocence à elle ! C’est à la personne accusée et à son entourage défendant de le faire.

Même avec de solides preuves, il y a toujours une portion plus ou moins grande et plus ou moins vivace (comme les mauvaises herbes) qui se persuadent d’être dans le vrai et que l’autre – dans ce cas précis, la femme accusatrice – a non seulement tort mais commet par là un acte encore plus odieux que celui dénoncé.

doubt.gif

Je tiens d’ailleurs a préciser – prends un peu de mes règles car il va faire soif – que quelque soit le passé de la victime, quelque soit son caractère, ses relations, son mode de vie … C’EST UNE VICTIME !!!

Il n’y a pas de « c’est bien fait pour sa gueule » ou encore « elle n’a eu que ce qu’elle méritait » car personne ne mérite – j’insiste sur le terme du mérite – d’être harcelée, rouée de coups, violée, volée, calomniée. Cette notion du « mérite » n’est encore qu’une excuse inventée par l’Homme (et en particulier l’homme n’en déplaise aux Not All Men) pour rejeter sa part de responsabilité. Rien ne donne le droit à l’autre d’agresser, RIEN !

Aucun comportement, aucune situation, aucune parole n’est une porte ouverte à l’agression orale, physique, répétée ou unique. RIEN ! RIEN ! RIEN !

Alors qu’elle devrait avoir le droit à une écoute attentive, du soutien et une justice impartiale (ahahahah plus de chances de croiser un Leprechaun au pied d’un arc-en-ciel), une femme qui accuse n’est pas une victime par défaut. Elle doit prouver son statut de victime encore, et encore et encore.

30 ans plus tard…

Le cas d’Anita Hill est sidérant le pays fut littéralement divisé. Une moitié croyait Anita Hill et l’autre était persuadée de sa duplicité. Aujourd’hui on se vante d’avoir évolué, que la société a changé et que la place des femmes n’est plus à défendre.

Ah bon ? Donc en 2017 une femme qui accuse, ce n’est pas une femme qui crie au loup ? Elle est forcément prise en charge de manière saine et safe par les forces de l’ordre et obtient la justice à laquelle elle a le droit ?

Une femme en 2017 qui dénonce les pratiques déviantes/dangereuses de quelqu’un-e c’est une femme écoutée et comprise ?

Une femme en 2017 peut faire ce qu’elle veut de son corps, de sa vie sans être jugée ? Elle a le droit au même salaire que les hommes pour le même travail ? Obtient la même crédibilité sans fournir plus d’effort ?

Elle peut pisser debout et roter son alphabet et tout le monde va trouver ça génial et hilarant ?

Ah bon ? Sérieux ?

laugh.gif

Advertisements

Et toi tu en penses quoi ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s